Vous savez,de nos jours,on ne croit plus aux contes et aux légendes. Seulement,moi,j'y crois. Depuis quand? Depuis cette fameuse nuit de Noël...
J'étais seule à la maison. A vrai dire,j'étais la seule dans ma famille à vouloir fêter Noël. D'après mes parents,Noël était un jour "trop cher" ou encore "trop idiot".
Ce soir là,à mon bureau,je dessinais à la lueur de ma lampe. Je dessinais un casse-noisettes,le plus beau de tous. Il avait un cache-oeil de tissu sur son oeil droit et l'oeil vert comme l'émeraude. Il était roux,pas comme les autres casse-noisettes. Je lui avais aussi fait une belle tenue de soldat,en bleu et en rouge,avec un beau bâton dans la main. Qu'il était beau,ce casse-noisettes...
"ELISE!!! Viens manger!!!"
Je soupira. Déjà l'heure de manger...je descendit donc,laissant mon dessin sur le bureau,éteignant ma lumière.
En bas,on ne faisait pas de repas de Noël. Trop coûteux,trop gras. Donc,ce soir,haricots verts,steack haché. Dans les haricots,je trouvais comme à chaque fois un insecte traînant par là,et dans le steack des veines trop grosses pour êtres coupées aux dents.
Après ce fameux diner de Noël,je remonta dans ma chambre. Seulement,quand j'ouvrit la porte,quelquechose me gêna. Qu'es ce que ça peut être? Le lit est à sa place,le bureau aussi...mon dessin a disparu! Je ferma la porte à double tour et fonca à mon bureau. Non,il n'y est plus...pourtant,personne n'était entré dans ma chambre,j'en étais sûre.
"C'est moi que tu cherches?"
Je regarda derrière moi. Sur le sol se tenait,debout,le casse-noisettes que j'avais dessiné. Je tomba par terre,sur les fesses,le regardant,hébétée. Il s'approcha de moi,me faisant une petite révérence.
"Je suis le casse-noisettes que tu avais demandé pour Noël.
-Mais...c'est impossible...!
-Tu me souhaitais tellement que je suis apparu,comme ça,par magie.
-...comment...?
-Par ton désir,je viens de te le dire."
Je le regarda et le prit dans mes mains. Il me regarda et fit un sourire avec ses grandes dents de bois. Je rigola un peu,il était mignon,ce casse-noisettes...je passa doucement ma main sur son visage,le regardant avec des yeux brillants. Il pencha un peu la tête,laissant résonner un bruit de bois qui craque.
"Dis-moi,pourquoi me regardes-tu comme ça?
-T'es beau pour un casse-noisettes...
-C'est normal,c'est toi qui m'a créé.
-Mais moi,je ne fais que des choses horribles...
-Tu crois ça?"
Il se libéra de l'emprise de mes mains et se tint debout sur celles-ci. Je le regarda,un peu intriguée. Il se pencha un peu vers moi et posa ses petites mains gantées sur mes joues,me fixant. Je devint un peu rouge,ne bougeant pas d'un pouce. Il ferma doucement son oeil,en même temps que les miens,et m'embrassa doucement sur les lèvres. Ca fait bizarre d'embrasser un casse-noisettes,mais embrasser quelqu'un,c'est un plaisir sans pareille,surtout quand c'est notre permier baiser...
Soudain,je sentis quelquechose de froid arriver dans ma chambre. La fenêtre s'était ouverte,laissant entrer la neige glacée de cette nuit magique. Je posa ma main sur mon casse-noisette mais,en pensant tomber sur sa joue,je posa ma main sur un torse,sur un coeur,un vrai coeur qui bat. Je rouvrit mes yeux,tandis qu'il m'embrassait encore...je me disais bien que ce baiser était devenu plus confortable! Devant moi se tenait un humain,en chaire et en os,la réplique exacte de mon casse-noisettes. Il arrêta de m'embrasser et me regarda,réouvrant son oeil vert émeraude. Il avait l'air un peu gêné,mais il me décrocha quand même un sourire.
"C'est toi...mon casse-noisettes?
-Oui..."
J'étais hébétée. Etais-je en train de rêver? Je me frotta un peu les yeux et le regarda,il était encore là. Je le toucha un peu,sur le visage,sur les bras,sur le torse...c'était vraiment un humain. Je devint rouge comme une tomate,le fixant bien dans les yeux.
"Eh bien alors? Tu es surprise?
-Bah...c'est que je comprends pas trop...tu étais un casse-noisettes...?
-Mais,en t'embrassant,je suis devenu humain...car j'ai compris que je valais beaucoup pour quelqu'un."
Il me serra contre lui. Je comprenais pas franchement grand chose dans mon cerveau âgé d'à peine 8 ans. Mais bon,pour une fois qu'on m'accordait un peu d'importance,autant en profiter. Je posa doucement mes mains dans son dos,le caressant. Quel étrange casse-noisettes...
Les années passèrent. Je finis par oublier ce beau soldat de bois. Je l'avais posé sur une étagère au bout d'un an. J'étais trop occupée par le piano et le violon,ainsi que par mes études. Je n'avais plus le temps de jouer,ni de m'imaginer des mondes remplis de neige.
C'est ainsi que j'ai perdu mon âme d'enfant.
Maintenant,j'ai 20 ans,je suis une adulte. J'ai terminé mes études et je suis devenue une violoniste renommée et célèbre,pour sa voix et pour son talent. J'ai emmenagé dans un appartement en ville,près de la Tour Eiffel. J'ai bien gagné ma vie...mais il me manque quelquechose.
Et ce quelquechose,c'est ce casse-noisettes.
J'ai donc décidé de fouiller partout dans mon appartement. Derrière les éviers,derrière les armoires,partout,partout. J'ai bien fouillé de fond en comble,pourtant,je ne l'ai trouvé nulle part. Pourtant,j'étais sûre de l'avoir emmené avec moi lors de mon déménagement...
Je m'affalle dans mon canapé. Tant pis,je le retrouverais bien un jour...je regarde mes violons,disposés comme ça dans un coin de la pièce,dans leurs étuis. Dans trois heures,j'allais avoir un concert à Tours...autant partir tout de suite. Je prends mon violon favorit,noir gravé de roses argentées dans un étui noir,posé dans du velour,et fonce à ma voiture pour partir à Tours.
Après le concert,en rentrant,je m'allonge sur mon lit,regardant le plafond,posant mon étui à violon à côté de ma table de nuit. Franchement,ces humains,quelle bande de cons. Aller,le soir de Noël,à un concert de violon au lieu de rester avec leurs petites familles autour d'une table! En même temps,je peux parler. Je n'ai pas revu ma famille depuis que je suis partie de chez moi. Je n'aimais pas leur vision du monde. C'est vrai quoi,dans ce monde,tout le monde se fout des autres,il ne se passe jamais rien,tout le monde s'aime...quelle merde,en plus après ils se plaignent de ne pas avoir la belle vie! Je vous jure,ces humains,juste une bande de tire-au-flanc.
Un verre de champagne à la main,allongée dans mon lit,je regarde ces bulles pétiller dans mon verre. En même temps,je me demande quelle signification peut avoir cette vie? A quoi bon continuer de jouer de l'instrument à ces bourgeois si ils n'ont pas besoin d'avoir le coeur ravivé? Franchement. Ca n'a aucun sens. Je pose mon verre de champagne et je vais à la fenêtre regarder dehors. On ne voit que des voitures laissant échapper leur putain de gaz de leur pot d'échappement,des immeubles qui nous gâchent la vue et ces néons et ces lumières qui nous gâchent la vue du ciel...et evidemment,tout le monde est heureux dehors,c'est Noël,c'est Noël,dans un quart d'heure le père Noël va arriver...bien sûr. On y croit tous à votre Père Noël qui ne m'a jamais apporté de cadeaux,on y croit tous à ces rênes dont je n'ai jamais entendu sonner les clochettes,et on y croit aussi aux lutins qui ont fait des cadeaux pour tous les enfants du monde sauf pour moi...sornettes et balivernes. Tout cela n'existe pas. Ce ne sont que des contes pour enfants.
Je retourne m'asseoir sur mon lit,à regarder la nuit. Soudain,la neige commence à tomber. Quelle belle neige...enfin une chose de belle,dans cette fichue ville. Je retourne à la fenêtre et l'ouvre,regardant dehors. Il n'y a presque plus personne...je regarde ma montre. Encore quelques secondes et on sera le 25 décembre. Si ça se trouve,si je veille sur l'heure,le Père Noël va venir chez moi me déposer un petit cadeau? Allez,regardons...
6...
Les lumières s'éteignent toutes dans Paris. Etrange,normalement elles restent allumées toute la nuit.
5...
La neige se fait de plus en plus importante. Nous sommes dans une véritable tempête.
4...
Je ferme les volets,il y a un vent incroyable dehors.
3...
Les volets claquent,ils se brisent en milles morceaux.
2...
Je me cache sous mon lit. La neige envahit ma chambre.
1...
Je tremble. Quelquechose entre dans ma chambre.
0...
Les fenêtres se referment violement. La tempête s'arrête,on dirait que le temps est arrêté...je sors de sous mon lit. Seulement,je ne suis pas seule dans ma chambre.
Devant moi se tient un humain,ou un oiseau,je ne sais pas vraiment. On dirait un immense corbeau,mais celui-ci a une tête d'humain. Il ressemble étrangement à mon casse-noisettes...mais c'est impossible,je l'ai perdu depuis longtemps. Mais ce corbeau a le même visage que lui...enfin peu importe.
"Mais...qu'es ce que...qui êtes vous?! Que faites-vous chez moi?
-Je suis ici pour t'apprendre ce qu'est la vie entre les humains...Elise..."
Je recule,me plaquant contre le mur. Comment il connait mon nom? Bizarre.
"Les humains ne sont que des idiots! Ils ne font jamais rien de leur journée,ils se battent entre eux et ne font rien pour contrer cela!"
L'homme corbeau pousse un soupire. Il s'approche de moi et me prends par le menton avec ses serres.
"Si tu ne te bases que sur ce que tu dis et sur ce que tu vois...je vais t'aider à avoir une meilleure vision du monde."
Je le regarde,les yeux écarquillés. Qu'es ce qu'il va me faire?! Il pose doucement ses serres sur mes yeux et m'embrasse langoureusement. Je ferme mes yeux,gémissant un peu. C'est un peu désagréable...on dirait que sa langue est une hache,prête à me couper! C'est alors que je sens sa langue s'enfoncer plus loin dans ma gorge. J'essaye d'hurler,mais il ne me lâche pas! Je tente de lui mordre la langue,mais rien à faire. Il ressere ses serres et commence à me crever les yeux. Je saigne,bordel! Je sens ensuite qu'il coupe quelquechose dans ma gorge. Il arrête de m'embrasser,enlevant sa langue de ma gorge,et il m'arrache les yeux avec ses serres. Je tombe par terre,à genoux,mes mains sur mes yeux,hurlante. Seulement...j'hurlais,mais aucun son ne sortait de ma gorge.
"Je t'ai arraché les yeux et les cordes vocales. Ainsi,ce monde,tu ne le verras plus,tu ne le critiqueras plus. Pour une fois,tu l'écouteras. Et tu verras."
Je sens soudain un courant d'air parcourir mon corps et j'entends des volets claquant. Il a dû partir...
Je me lève,tremblante. J'essaye d'ouvrir mes paupières,rien à faire,je ne vois rien. Je les referme donc et tente de marcher à l'aveuglette. J'y arrive plutôt bien...soudain,je trébuche et tombe sur ma commode. Je tâte un peu partout et touche une sorte de bande. Je crois que c'est celle qui avait servit lorsque je m'étais coupée le genoux...je la prends et me la mets autour des yeux. Je marche difficilement jusqu'à mon lit et m'asseoit sur celui-ci,réussissant à prendre mon violon et tentant de jouer mon requiem favorit.
Les semaines passent,les mois. Je garde mon titre de virtuose,mais seulement,je ne chante plus sur scène. La presse se demande un peu ce qui m'arrive,on me pose des tonnes de questions comme "Pourquoi avez-vous une bande sur les yeux?" ou encore "Pourquoi vous ne chantez plus?",mais je ne réponds evidemment jamais.
Je marche dans la rue,les mains dans les poches. Nous sommes en Octobre. Ca fait bientôt un an que j'ai perdu mes yeux et mes cordes vocales. J'arrive à utiliser mes autres sens pour me diriger. Au début,c'est vrai que c'était un peu dur,mais bon. Les parisiens,contrairement à ce que je croyais,sont de très gentilles personnes. Ils m'aident à traverser la rue,ils me défendent quand je bute dans des voyoux...en échange,je donne des pièces à un clochard si jamais je bute dans une de leurs boites ou si je les entends quémander de l'argent aux riches bourgeois,trop avares pour donner leurs biens. Moi,je suis riche,je partage. C'est juste,non?
Je rentre chez moi. Seulement,en mettant la clé dans la serrure,je remarque que quelquechose a changé. J'ouvre la porte,c'était ouvert. Je fonce dans l'appartement et trébuche sur mes étuis de violons. Qu'es ce que c'est que ce bordel?! Normalement,ils étaient dans un coin d'une pièce...je me relève et marche,cherchant quelquechose qui pourrait m'aider à savoir ce qui s'est passé...et je bute soudainement dans un hamas de plumes assez dures. Je pose mes mains dessus,touchant un peu pour savoir ce que c'est...c'est grand. Je remonte un peu mes mains et pose une de mes mains sur quelquechose d'un peu chaud. Un visage. C'est le corbeau.
Je recule et me plaque contre une armoire. Je ne bouge plus d'un pouce,pensant être invisible à ses yeux...j'entends le parquet craquer sous des pas. Je sens ensuite une griffe me caresser la joue.
"On se retrouve,ma tendre..."
Je frissone un peu. C'est bien sa voix. Je sens quelques plumes me toucher le corps et quelquechose de chaud m'entourer. Ses griffes vont dans mon dos pour me serrer contre un mur de plumes,de toutes petites plumes toutes douces. Je me laisse faire,de toute façon,que pourrais-je faire d'autre? Je sens ses griffes passer doucement dans mes cheveux. J'ai peur...horriblement peur...et si il me tuait? Comment je vais encore me démerder,moi?
"Tu es toujours aussi belle que quand je t'ai rencontrée...Elise..."
Je tremble. J'ai peur,j'ai la frousse. Je sens une boule dans ma gorge...j'aimerais bien hurler,crier,pleurer...mais je n'ai plus d'yeux,je n'ai plus de voix. Je me débat,je tente d'échapper à son étreinte...seulement,il me retient bien,il rentre un peu ses griffes dans mon dos. Je sens le liquide rouge contenant ma vie couler doucement sur ma robe,je serre les dents. Il chuchotte à mon oreille,tout doucement.
"Fait attention,je pourrais très bien t'arracher la colone vertébrale pour que tu ne puisses plus jamais te tenir droite..."
Il laisse échapper un léger rire et me lèche l'oreille. Je sens mon coeur battre...peut-être un peu trop fort pour moi. Mon visage commence à me brûler...qu'es ce qu'il me fait? Il descend sa langue pour me lécher dans le cou...
"Elise...si tu savais comme tu as bon goût...si seulement tu étais plus gentille avec toi-même,si tu voyais le monde sous un meilleur angle...tu serais tellement plus mignone avec un sourire..."
Je continue de trembler,sans bouger. Soudain,il plante ses griffes assez profondément dans mon dos.
"Pourquoi tu ne changes pas,hein?! J'ai pourtant fait de mon mieux,j'ai fait tout ce que j'ai pu!!!"
Je serre les dents. Je ne peux pas hurler...mais qu'es ce que j'ai mal! Il ressort alors ses griffes de mon dos et j'entends ses pas sur le parquet. Je pense qu'il recule...je l'entends ensuite tomber au sol et j'entends des pleurs. C'est bizarre...il paraît si fort,si impénétrable par sa voix,par son allure...et pourtant,on dirait qu'il a le coeur brisé d'un enfant qui aurait tout perdu. Je m'approche à l'aveuglette et arrive à poser ma main sur lui. Je passe doucement ma main dans ses plumes et le serre contre moi. Je crois que je l'ai prit du côté gauche,je sens son bras...enfin,peu importe.
"...pourquoi tu fais ça?"
Je ne réponds pas. Je ne peux pas franchement répondre,et il est le premier à le savoir.
"Pourtant...je t'ai fait du mal...et toi...?"
Je tente de sourire. Je passe ma main un peu partout sur lui et trouve sa joue,je dépose un baiser sur celle-ci. Je le sens brûler un peu...
"...Elise..."
Je le serre à nouveau contre moi,cette fois-ci,convenablement. Seulement,le sommeil me gagne vite et je m'endort dans ses bras,enveloppée de la chaleur de ses plumes...
Je me réveille,allongée sur mes draps. Il a dû me déposer dans mon lit...je me lève. Je ne sens plus sa présence,il a dû partir. Je prends mon violon et sors de chez moi,je n'ai pas de concert mais bon. Si je peux faire des spectacles de rue,peut-être que ça fera plaisir aux gens,et peut-être ammasserais-je un peu d'argent.
Je m'asseoit sur le trottoir contre quelquechose de dur et de froid. Sûrement un lampadaire. J'entends les enfants demander à leurs parents d'acheter des bonbons,rien que pour acceuillir les fantômes et les sorcières. C'est vrai,c'est ce soir Halloween...j'ai pensé à acheter des bonbons,evidemment. Et cette année,si les enfants veulent rentrer m'entendre jouer du violon,je ne les enverraient pas voir ailleurs,j'accepterais. Je sourierais. Je jouerais quelquechose pour eux,même si maintenant je fais quelques fautes...mais ce ne sera pas si grave. J'entendrais leurs rires.
Je prends mon violon,m'adossant au lampadaire. Je commence donc à jouer,les yeux bandés,la gorge nouée. Je bouge mes lèvres,même si aucun son ne sort. Je sens des pas approcher de moi,beaucoup de pas...des personnes m'entourent. Je continue de jouer,j'entends des voix monter. Quand je termine ma chansonnette,tout le monde applaudit. Tout le monde pose des pièces dans mon étui,laissant échapper un bruit d'impact sur quelquechose de dur. J'entends les pas résonner dans la rue,s'en allant...loin de moi...je ramasse les pièces,je soupire,rangeant mon violon,continuant ma route.
C'est alors que,dans la rue,je marche sur quelquechose de moelleux. J'entends après un cri de chat aigu. Je retire tout de suite mon pied,putain,j'ai marché sur la queue d'un chat! Je l'entends me siffler dessus. J'ai dû l'énerver...je soupire et arrive a le prendre. Il me griffe,je ne réplique pas. En même temps,je ne peux pas. Je l'emmène jusque à chez moi,lui dans un bras,le violon dans la main.
Une fois chez moi,je pose le chat au sol ainsi que mon violon et ferme la porte à clé. Je vais vers la cuisine et sors une bouteille de lait,enfin je l'espère pour ce pauvre chat,et verse son contenu dans un petit bol. Je le pose au sol. J'entends le chat approcher tout doucement et boire le liquide blanc. Je souris...il est mignon,en fait. Il est comme l'homme-corbeau...
Le soir,on sonne à ma porte. Ce doit être les enfants...j'arrive avec mon paquet de bonbon. Je les entends,riants.
"Des bonbons ou une farce!"
Je mets les bonbons dans leurs paniers,ils sont sympas de me les tendre. Ils veulent ensuite rentrer chez moi,j'accepte. Je leur joue aussi un petit morceau de violon,assez effrayant. Ils aiment ça,ils applaudissent,ils sont heureux! Tant mieux...
Quand tout les enfants finirent de passer chez moi m'écouter,me demander des bonbons,je ferme la porte et m'affale sur mon lit...c'est bizarre...je me sens bien.
Quelques mois plus tard.
J'ai adopté ce chat que j'avais trouvé à la rue. Chaque jours,il entre par ma fenêtre pour venir boire son bol de lait. Desfois,il m'apporte des objets,étranges...une fois,il m'a rapporté une clochette. Depuis ce jour,je l'ai mise en collier et je la porte autour de mon cou,elle est accrochée à un ruban noir. Seulement,un jour,il ne vint pas chez moi. Je me dis qu'il avait peut-être oublié...
Les jours passèrent,les mois. Il ne venait toujours pas. Etrange...
A Noël,celui de la deuxième année depuis la tragédie,je sors dehors avec mon violon en main. Je vais jouer un peu dans les rues...en rentrant,je prends le même chemin que j'avais prit quand j'avais rencontré mon chat. Seulement,je bute dans une sorte de truc moelleux,trop moelleux et un peu liquide. Seulement,ça ne bouge pas...je pose ma main dessus. Des poils...ma main est couverte d'un drôle de liquide.
Vous pourrez me prendre pour une folle,mais je pleure. J'ai réussi à pleurer. Je prends mon violon et j'en joue comme je n'en ai jamais joué. Une musique funèbre,lente,triste...
Mon chat est mort la nuit de Noël.
Je te joue ce Requiem,rien que pour toi.
Amen.
Je suis allongée dans mon lit. C'est le Printemps,Mars. Il y a beaucoup d'oiseaux qui cuicuitent dehors. Mon chat aurait pû être content. Enfin bon,la vie,ça va,ça vient. D'ailleurs...je me demande si l'homme corbeau est toujours vivant. Enfin bon,un mec comme ça,ça ne doit pas mourir. Je me lève et me décide enfin à me faire un déjeuner convenable.
D'abord,j'ouvre le frigo. Il est facile à reconnaître,lui,il est glacé. Je touche un peu les ingrédients,heureusement que j'ai un peu apprit le braille...donc,des oeufs,du lait,ça ira. Je prends un récipient par le manche et le touche un peu...une poêle,parfait. Je la pose sur le feu et le règle à la bonne température. Ca me fait toujours chaud au coeur ce petit "tic" que l'on entends quand le bouton passe d'un chiffre à l'autre...je casse les oeufs,je mets un peu de lait...je tente de cuisiner un truc correct. En même temps,je vous avoue que je n'ai jamais trop cuisiné. Je ne fais que commander,commander,commander...mais aujourd'hui,ça va changer. J'ai 22 ans,quand même!
C'est prêt,enfin je pense. Je verse mon plat dans une assiette et commence à manger...bon,c'est pas une réussite,mais c'est pas une défaite non plus. Je me lève et ouvre mon petit placard de mon meuble,je sors une boite de poudre de chocolat et du sucre. Je verse le tout dessus...ça ne risque pas d'être mauvais! Je repose les boites et commence à manger...c'est bien dégueulasse,comme j'aime.
"Ca a l'air bon,dis-moi! Tu te débrouille bien pour une fille qui ne voit rien."
Je garde ma fourchette en bouche. Bordel...l'homme-corbeau.
"En plus,tu choisis bien tes tenues,dis-moi..."
Je soupire. C'est vrai que je suis restée en sous-vêtements. Ca doit bien lui plaire,tiens! Je continue de manger,sans rien dire,evidemment. Quand je plante ma fourchette pour remanger une part,je sens ses griffes la saisir et me l'enlever des mains. Je soupire et le laisse faire,posant mes mains sur ses genoux.
"Tu ne parles toujours pas...tu dois être drôlement entétée..."
Je donne un coup de poing sur la table. Le con...mais le con! C'est lui qui m'arrache les cordes vocales et après il se plaint que je ne parle pas?!
"Calme-toi. Tu sais,moi,je suis là pour donner des malédictions,non pas pour les reprendre."
J'arque un sourcil. Qu'es ce qu'il me chie,ce con?
"Tu te souviens,quand ton chat est mort? Tu as réussi à pleurer. Ca veux dire que tu as retrouvé un peu de ta vue..."
Je serre les dents...comment il ose aborder ce sujet ainsi? Mais...je ne peux pas oublier ses pleurs de la dernière fois. Il veux que je m'améliore,que j'aime ce monde...mais ces humains ne m'aident pas,ceux qui trouvent que la guerre est si amusante,ceux qui sont fiers de tuer leurs prochains!
Je l'entends se lever et marcher vers moi. Je ne bouge pas,le laissant passer ses serres sur ma joue. Il essaye de me caresser...je rêve. Je sens son souffle dans mon oreille,il m'embrasse dans le cou.
"Tu cuisines bien...la prochaine fois,mets un tablier."
Je l'entends s'envoler par la fenêtre,un vent me parcours partout dans mon corps. Il est partit...
Je marche dans la rue,mon violon en main. Sentir les rayons du soleil parcourir mon corps me font le plus grand bien...
Aujourd'hui,j'ai un concert au théatre des Champs Elysées. Je pense qu'il y aura beaucoup de monde...tant mieux,ça me fera du fric.
Après mon concert,je décide de prendre un nouveau chemin. Prendre une bifurcation à gauche au lieu d'à droite,c'est tellement excitant,non? C'est justement ce que je fais aujourd'hui...et j'ai découvert quelquechose d'horrible.
J'entends des gens parler,ils ont une voix grave...je décide de me cacher derrière je ne sais trop quoi,sûrement une poubelle par la puanteur,pour les écouter attentivement. On n'entends qu'eux dans la ruelle,facile...
"Vous êtes sûr de vouloir faire ça,monsieur le Président?
-Oui...Paris devient une capitale bien trop risquée.
-Mais de là à simuler une guerre pour détruire la ville...
-Ecoutez-moi,je vous ai payés,alors vous faites ce que je vous dites! Utilisez l'armée Française pour attaquer les Etats-Unis et faites en sorte qu'ils envoient une bombe-nucléaire sur la France!
-Très bien. Je prépare votre avion.
-Merci,général."
Je les entends s'éloigner,leurs pas résonnant sur le bitume,puis j'entends une voiture démarrer en trombe et s'éloigner.
C'est pas vrai...putain! Ils vont détruire notre pays! Toutes ces personnes...ces gens...ces innocents...ils sont même pas au courant! Mais...bordel. Je ne peux rien dire. Comment je vais faire...comment je vais les aider?
Je rentre chez moi,mon violon en main,tentant de croire que c'était un cauchemard,un cauchemard avec de simples sons,dans lequel je ne voyais rien. Je mets mon tablier sur moi et commence à me cuisiner un gâteau au chocolat. Rien de mieux que le chocolat pour oublier tous ses soucis...en remuant la pâte avec une cuillere en bois,je sens quelquechose me tenir par la taille et je lâche le tout. Des serres...encore lui...
"Tu vois que tu es belle aussi,en tablier...oh,j'oubliais,tu ne peux pas franchement le savoir..."
Je soupire. Quel con,ce mec. Je tente de retrouver ma cuillere en bois...heureusement que le bol n'est pas tombé au sol. Je sens soudain une de ses serres me lâcher,puis me prendre la main,me donnant la cuillere en bois. Il dirige mon bras pour que je mélange la pâte...je me laisse faire. A quoi bon? On va bientôt tous crever...
"Quelquechose te perturbe...n'es ce pas?"
Je baisse la tête...il insinue bien,ce mec. Il lâche mon bras quand je lâche la cuillere. Je laisse mes bras tomber le long de mon corps...j'ai l'impression d'être entièrement vide. J'ai envie de pleurer...mais j'hésite à pleurer quand il est là. C'est alors qu'il me retourne,me tenant par la taille,comme on ferait tourner une danseuse...il pose ses serres sur mes épaules.
"Tu ne peux toujours pas parler...hein?"
Je fais un oui de la tête. Seulement,une boule monte dans ma gorge...elle se serre...ça y est,je pleure. Les larmes coulent sur mes joues...elles coulent tellement que je n'arrive même pas à les arrêter! Pourquoi je pleure,au juste? J'ai peur? Peur que l'humanité crève...peur d'être seule,peur de ne jouer pour aucun public,jouer sans recevoir d'applaudissements,jouer en étant ignorée...
Il me serre contre lui. C'est bizarre...tellement bizarre...il est si doux. En plus,il veille bien à ce que ses griffes ne me transpercent pas,cette fois-ci...il ne me serre pas trop fort contre ses plumes,mais j'enfouit mon visage à l'intérieur quand même. Avec une de ses serres,il me caresse les cheveux,sans me les couper,sans me faire mal...il me caresse. Mais pourquoi...pourquoi cet homme qui me voulait tant de mal fait-il ça? Il me sèche ensuite mes larmes d'un petit coup de griffe,toujours en me tenant contre lui.
"Tu sais,faut pas pleurer. J'pense que les Parisiens vont se douter d'un truc et se "sauver",ils sont pas si cons que ça."
Impossible. Il sait...?
Je passe mes bras autour de son cou que j'arrive à situer immédiatement. Je cache mon visage contre le haut de son torse...avec sa griffe,il coupe les bandes à mes yeux,complètements trempées. Je garde toujours mes paupières fermées...j'ai tellement peur de ce qui pourrait arriver si je les ouvre. Je sens une nouvelle fois son souffle dans mon oreille...mais il paraît si réconfortant,cette fois-ci...
"Ouvre tes beaux yeux,que je puisse les contempler,ma belle...
-Mais..."
Je mets ma main devant ma bouche. J'ai parlé...?
"Mais?
-Mais...vous m'avez arraché les yeux...
-Je les ait retirés,pas arrachés. Retirés..."
Bon,autant essayer,avec un peu d'espoir...je me tiens à lui. Je plisse d'abord mes paupières,puis je les ouvre...je vois! J'arrive à voir,enfin! Je souris,j'en pleure des larmes de joie...je vois,c'est magnifique! Je regarde l'homme corbeau. Il n'a pas bien vieillit,en deux ans...je le serre contre moi,assez fort.
"Merci,merci,merci!
-...Elise..."
Il soupire,mettant ses serres dans mon dos. Je tremble,je perds mon sourire...je ne sais pas pourquoi,je le sens mal.
"Dis-moi...je vais bientôt perdre de nouveau ma vue et ma voix,hein? Ce n'est qu'éphémère...c'est une malédiction qui ne peut être otée définitivement,hein...?
-...tu as compris."
Je soupire et pose ma main sur son torse. Je sens son coeur battre...il bat assez fort. Je le regarde dans l'oeil et lui sourit.
"Ce n'est pas si grave...je suis déjà habituée à cette situation. Et au moins,j'ai pu te revoir une fois."
Je pose ma main sur sa joue. Je le vois rougir...qu'il est mignon. Mais bon,rappellons-nous que l'on doit aider Paris.
"Je voulais savoir...pourquoi faire ça à Paris?
-Le Président trouve que la capitale est devenue trop "coûteuse". Il a donc décidé de déclencher une 3eme guerre mondiale pour faire en sorte qu'une bombe nucléaire tombe sur Paris...ça serait un moyen simple d'arranger les choses pour lui,sans trop de bavures.
-Mais...mais...et les gens...les habitants?
-Je croyais qu'ils étaient tous idiots?
-J'ai changé d'avis...je les aient écoutés,j'ai entendu leurs appels,le malheur de leur vie quotidienne...et moi aussi,je suis humaine,et toi aussi!"
Je ravale ma salive. La boulette...c'est un corbeau avec un visage humain,si ça se trouve,il ne l'était même pas. Il paraît soudainement triste.
"Excuse-moi...je ne voulais pas...
-...Elise...je..."
Il pose ses griffes sur ma joue. Je le regarde dans l'oeil,ne bougeant pas,restant là,comme une bécasse. Je baisse la tête,mais il la retient doucement avec une de ses griffes. Je continue de le fixer tandis qu'il ferme doucement l'oeil...je ferme les miens,aussi. Je m'approche doucement de ses lèvres,posant mes mains sur ses joues...et je l'embrasse. Au moins,cette fois-ci,je n'ai pas peur de sa langue,car je me protège bien avec la mienne. Doucement,evidemment. On dirait presque qu'on joue à un jeu dégueulasse avec nos bouches...dégueulasse,mais si bon...sa langue a le goût de fraise,en plus. Quand notre baiser se termine,je le regarde...j'écarquille les yeux.
"Monsieur Casse-Noisettes...?"
Il mets ses mains devant son visage,rouge.
"Non...non! Ne me regarde pas...non!"
Il recule,butant dans quelques meubles. Je m'avance vers lui,tendant ma main...mais il saute par la fenêtre restée ouverte à son arrivée. Je fonce vers celle-ci. Mes yeux recommencent à me faire mal...bordel! Non! Je regarde dehors,je le vois s'en aller en courant,je vois les Parisiens qui vont se faire faire sauter la gueule le regarder...
Je laisse mes larmes couler,elles tombent sur le trottoir de la rue de Paris. J'hurle une dernière fois pendant que mes yeux sont en train de fondre en sang,coulant sur le trottoir,accompagnant mes larmes dans un tango funèbre.
"MONSIEUR CASSE-NOISETTES!!! JE VOUS AI..."
Clang. Je me tiens la gorge. Mes toutes nouvelles cordes vocales viennent de claquer. Elles se sont arrachées,comme ça...je pleure encore. Je pleure toutes les larmes que je peux...
J'ai peur avec lui.
J'ai peur sans lui...
Mais qui est-il,en fait,ce beau Casse-Noisettes...?
Nouvel hiver. 23 ans.
Je suis assise à cette table,une couverture sur moi,un bandage noir sur les yeux,ma clochette toujours autour de mon cou.
J'écoute la radio. Les forces Allemandes arrivent par la frontière sud-est,toutes les forces Françaises sont aux Etats-Unis.
La 3eme guerre mondiale est déclarée.
Je marche dans la ville,vu le bruit qu'il y a,je dois être en plein centre-ville. J'entends les gens lire les affiches de mobilisation générale à haute voix. J'entends les femmes pleurer leurs maris qui s'en vont en guerre. Moi,je vais rester dans Paris. Ou alors,je pourrais très bien fuir pour éviter la bombe...non,c'est trop sadique.
J'entends la foule,effrayée. Je les comprends...dire que je suis la seule à savoir qu'ils vont être assaillits par une bombe nucléaire. Fait chier. Je sens soudain des mains d'enfants me prendre.
"Madame la musicienne! Madame la musicienne! On vous en supplie,arrêtez la guerre avec votre violon!
-Oui,madame,sauvez nos papas!
-On veux pas qu'ils s'en aillent!"
J'entends soudain des coups de feux. Je recule,j'entends les gamins crier. Putain,ils ont pas osé?!
"Allez,courrez si vous avez encore des jambes!
-Espèce de monstre! Qu'avez-vous fait à nos enfants?
-Partez d'ici,mesdames,sinon nous vous réservons le même traitement! ALLEZ BOSSER!!!"
J'entends le bruit de talons aiguilles résonner sur le bitume. Je reste plantée là,comme une idiote...je sens alors quelqu'un prendre ma main assez fort et me la serrer. Cette main...elle est dure...je ne l'aime pas...j'entends soudain quelqu'un m'adresser la parole de sa voix sombre et autoritaire.
"Madame,j'ai entendu dire que vous étiez violoniste...es-ce vrai?"
J'acquiesse.
"Vous ne voudriez pas jouer sur nos champs de bataille,aux Etats-Unis,pour renforcer nos soldats? Bien sûr,vous serez protégée..."
Je retire ma main de la sienne. Je recule...ils veulent que je laisse les Parisiens se faire tuer?! Quel crevard.
"C'est un refus,madame?"
Je fronce les sourcils. Il m'énèrve avec ses "madame,madame",je ne suis pas mariée,bordel!
Mon coeur fait un petit bond. Je repense à Monsieur Casse-Noisettes...dire que je ne l'ai pas revu. Mes larmes montent à mes "yeux".
"Madame,vous savez ce qui va vous arriver si vous ne vous en allez pas?"
Je m'en vais en courant. Je ne veux plus l'entendre...je ne veux même pas savoir qui il est! Je ne reviens pas comme il me l'ordonne. Même si il utilise son fusil,même si il m'envoie de ses balles dans les pieds,je ne reviens pas. Je ne veux plus rien entendre.
Je m'enferme à clé chez moi. J'ai l'impression de ne plus avoir de pieds...la poisse. J'ai tellement mal...mal au coeur,mal au corps...je m'asseoit sur le canapé.
Ce canapé est bizarre,aujourd'hui. Je l'aurais confondu avec autre chose? Il a l'air un peu doux...je passe ma main dessus. Des...plumes?!
"Elise...il ne faut pas sortir en temps de guerre."
Je baisse la tête. Bordel,il aurait pû me dire qu'il était là. Je sens les serres de l'homme corbeau se passer sur mes bras.
"Il t'a fait du mal,ce soldat?"
Je tremble...pourquoi il m'en reparle? Je ne veux rien savoir,je ne veux rien entendre! Je me sens soudain me soulever. Il me repose sur le canapé,cette fois,c'est bien sur mon canapé que je suis assise. Je sens ses griffes tenir mes petits pieds. Qu'es ce qu'il va me faire?
"C'est pas du joli...attends."
Je le sens planter le bout de sa griffe dans mon pied. Je serre les dents...il va m'arracher les pieds,cette fois-ci?! Apparement,non. Il retire des choses de l'intérieur de mon pied...ça doit être les balles. Je sens ensuite qu'il passe quelquechose de glacé dessus. Je frémis,ça chatouille un peu,et ça pique.
"Pardonne-moi."
Hein? Il est en train de me soigner et il me demande de lui pardonner?
Quand il termine,il passe une bande à mes pieds. Je sens ensuite sa griffe caresser doucement ma joue.
"Tu vas devoir rester assise dans ce fauteuil quelques temps...ne t'inquiètes pas,je vais revenir pour t'aider à manger et,evidemment,pour te laver."
Je l'entends rire tandis que mon visage pétille. Il veux me laver?! Putain,enflute,je parie qu'il l'a fait exprès! Mais bon...grâce à lui,j'ai retrouvé mon sourire.
Les jours suivant,l'homme corbeau venait comme il l'avait dit pour me cuisiner des plats,pour me nourrir,pour me laver. Au début,j'étais un peu gênée,mais je me suis rapidement habituée aux petits camions qui rentrent dans le hangard et à l'éponge toute douce qui me nettoie le corps. J'ai l'impression d'être redevenue une petite fille à qui l'on aurait besoin de tout faire...c'est tellement adorable.
Un soir,l'homme corbeau vient chez moi. Il me nourrit,comme toujours,mais cette fois,il allume la radio. Les Allemands ont envahit toute la France sauf Paris,les français se sont tous réfugiés à la capitale ou en Angleterre où la guerre fait des ravages,la majorité des alliés de la France étant en guerre se sont fait envahir et les Etats-Unis ont avertit que dans un mois,jour pour jour,ils lanceraient une bombe nucléaire surpuissante sur Paris.
Ca y est...le compte à rebourd de la mort a commencé. Je pleure,l'homme corbeau me serre contre lui,tentant de me rassurer...mais jamais je ne pourrais aller mieux. J'ai peur,tellement peur...
Le lendemain,j'arrive à remarcher. L'homme corbeau m'aide un peu,me tenant par la main...ça fait tellement du bien de pouvoir marcher à nouveau. On marche ensemble dans la rue,je boite un peu mais ça va. J'ai toujours mon violon dans l'autre main. J'entends les gens murmurer autour de nous...evidemment,ça ne doit pas être commun de voir un corbeau géant à tête d'humain se promener avec une jeune femme.
"Ca va mieux,tes pieds,à ce que je vois."
Je hoche la tête avec un sourire aux lèvres. Je serre un peu plus ses serres dans ma main,je me mets sur la pointe des pieds et dépose un baiser sur ses lèvres pour le remercier. Je continue alors à marcher...mais rapidement,ses serres lâchent ma main,comme si elles avaient disparu d'un seul coup. Je m'arrête et tends la main. Il n'est plus là. Je marche encore un peu,les mains devant moi...non,il a bien disparu. Bizarre...je soupire. Il ne doit pas m'aimer. Tant pis...
"Venez tous,vite! Devant la Tour Eiffel! Venez voir!"
J'arque un sourcil. Qu'es ce qui se passe,au juste? J'entends des milliers et des milliers de personnes marcher dans la rue,ou plutôt courrir. Leurs pas résonnent sur le bitume comme des milliers de chevaux de l'apocalypse. Certains hurlent,d'autres pleurent...et je me laisse entrainer par le flot de personnes. Une fois celui-ci arrêté,j'entends plusieurs autres voix s'élever. Je dois être arrivée à la Tour Eiffel...
"Elle arrive!
-La bombe arrive!
-On va tous mourir!"
Je tremble. Q...quoi? Ils ont réussit? J'y crois pas! C'est pas vrai! J'enlève la bande autour de mes yeux et ouvre les paupières. Je vois flou,très flou,très rouge...des gens me regardent et poussent un cri.
"Qu'es ce que c'est que ça?!
-C'est humain?
-Arrêtez! C'est madame la violoniste!
-Mais c'est quoi ces yeux?!"
Je baisse la tête. Je vois des goutelettes de sang tomber au sol...j'ai un peu retrouvé la vue,apparement. Mais...ils me prennent pour un monstre. Je lève la tête vers le ciel et voit la bombe nucléaire arriver. Je pointe mon doigt vers celle-ci et tout le monde se met à la regarder. J'entends alors des guitares jouer des accords,j'entends des chants s'élever...ils chantent?! Impossible...ils sont sur le point de mourir,et ils chantent...les enfants,les femmes,tout le monde...ma clochette résonne un petit coup. Je sors mon violon et joue,gardant mes yeux grands ouverts,regardant la bombe. Je ne peux pas leur prêter ma voix,mais je jouerais pour les accompagner. J'entends quelques voix dire "mais qu'es ce qu'on attends pour fuir?" tandis que les autres hurlent "No place for us,no place for us"! Des maris disent à leur femme que ce n'est pas la peine de courrir,ils sont tous condamnés. Ils ne sont pas aimés,pas du tout. La bombe arrive. Les instruments s'arrêtent. Les chants continuent.
La bombe s'écrase sur la Tour Eiffel.
Tout devient subitement blanc...j'ouvre grand les yeux. Tout est flou...ça fait mal! Je serre les dents pour supporter ce massacre. Les seules formes que je vois sont les Parisiens en train de se désintégrer,la bombe ne les tuant pas sur le coup,hurlants. Pourquoi je ne meurs pas? Pourquoi je dois voir tout ça?! Je vois les femmes et les enfants crever,j'entends le monde hurler...
Ils ne chantent plus. Ils souffrent. Ils n'ont rien fait et ils sont punis. Pourquoi...pourquoi?
Je vois dans la lumière une dernière forme. Un corbeau géant. Je cours vers lui,mais mes yeux fondent...non...pas encore! Je veux voir,je veux voir! Je veux le revoir,mais je ne veux pas voir toute cette souffrance...
Je finit par tomber à genoux. J'essaye d'hurler,rien ne sort. Je donne des grands coups de poing au sol,sur ce sol ensanglanté. J'ai la bouche grande ouverte,mais rien ne sort. Mes yeux ont finalement fondu,mais je garde mes paupières ouvertes.
J'ai trop mal.
Mal au coeur.
Mal à moi-même.
Une mains sur les yeux,l'autre tenant mon violon,je marche. Je tombe,parfois,butant contre des choses,mortes. Je ne sais pas où je suis...je sens une odeur de pourriture mêlée à l'acier et au sang...je pleure. Je pleure tout mon corps,toutes mes larmes...pourquoi j'ai survécu? Je n'ai même pas pû les sauver...pourquoi...pourquoi?!
Je continue de marcher. Où vais-je aller? Je suis seule,maintenant...seule. Je me laisse tomber au sol. Il craquèle,il est dur. J'entends soudainement le bruit d'un hélicoptère qui se pose à proximité. Des pas avancent vers moi...je pense que ce sont 4 personnes.
"Une survivante?
-Oui. Elle devait normalement aller aux Etats-Unis avec les autres,mais elle est restée à la capitale.
-Mais elle a survécu...
-Emmenez-la au labo!"
Je sens qu'ils me prennent par les membres. Je leur donne des coups de pieds,je ne vais pas me laisser faire,bordel! Je leur donne aussi un coup d'étui de violon et je m'enfuis en courant. Je cours,je cours...je ne veux pas crever! Pas tant que je n'aurais pas retrouvé mon monsieur Casse-Noisettes!
Soudain,je me sens soulevée du sol. Bizarre...qu'es ce qui se passe? Des serres me tiennent par la taille. Encore lui?
"Ne bouge pas."
Je fais ce qu'il me dit. Que faire d'autre,de toute façon...? J'ai envie de mourir,maintenant. Je me sens tellement...vide...
Il finit par me reposer dans l'herbe,allongée. Il passe sa griffe dans mes cheveux.
"Voilà...ici,tu seras en sécurité."
Je le serre contre moi,cachant mon visage contre ses plumes. Des larmes coulent doucement de mes globes occulaires...j'en peux plus...j'en ai rien à faire d'être en sécurité...ils sont tous morts,et je n'ai pas pû les sauver! Et maintenant,qu'es ce que je vais bien pouvoir faire,de toute façon? On me recherche pour m'emmener dans un labo,apparement,je n'ai plus de maison...je n'ai que mon violon et cet homme-corbeau...et dire qu'au début,je ne recherchais que mon monsieur Casse-Noisettes...il passe soudainement ses griffes dans ma main.
"Elise...tu ne pouvais rien faire pour eux. Rien..."
J'ouvre mes paupières. Je ne vois rien,mais lui,il me voit. Je tente de parler,evidemment,aucun son ne sort...j'espère au moins qu'il sait lire sur les lèvres.
"Monsieur Corbeau...je veux mourir...j'en peux plus...j'aurais dû les prévenir...faire un signe...
-Elise...je ne veux pas...je ne veux pas que tu meurs,d'accord? Et de toute façon,quel signe tu aurais fait,hein?"
Apparement,il peut lire sur mes lèvres. Tant mieux.
"Mais...je ne sais pas...
-Eh bien voilà...
-Comment j'ai fait pour survivre,en plus?
-Parce-que je l'ai voulu."
J'arrête de bouger mes lèvres. Comment ça...? J'ai survécu à une bombe nucléaire par son désir? Mais c'est impossible!
"Elise...tu t'en souviens?"
Je sens alors une main caliner ma joue...une main gantée...
"Tu voulais que je sois avec toi...tu l'as désiré tellement...j'ai juste fait la même chose."
Je baisse la tête. C'est vrai,ce qu'il dit. Je ne peux pas franchement lui en vouloir,en fait. Je pousse un soupire et continue de le serrer contre moi...on dirait qu'il est redevenu un Casse-Noisettes. Pourtant,mon coeur ne peux pas s'empêcher de me faire pleurer,même si finalement,je l'ai retrouvé...pourquoi? Au début,je me fichais du monde,et maintenant,il est dans mon coeur...comment ais-je pu changer ainsi? Parce-que j'ai perdu mes yeux et mes cordes vocales? Sûrement...
Vous savez,si vous aussi,vous pensez que ce monde est pourrit,écoutez-le. Certains,evidemment,sont des ordures cherchant à le détruire pour ne plus l'entendre. Mais la plupart des gens,eux,tentent de vous réchauffer le coeur. Même si ils vous paraissent gonflants à vous coller au cul,tentez de les écouter au moins une fois. Faites les sourire...avant qu'il ne vous arrive la même chose qu'à moi.
Soudain,je vois des couleurs. Floues. Du bleu,du rouge,du jaune,du blanc...c'est bizarre. Je revois? Les couleurs se précisent...je vois le visage de monsieur Casse-Noisettes! Il pleure...il a l'oeil fermé. Je pose ma main sur sa joue.
"Monsieur Casse-Noisettes..."
Il me regarde,ouvrant finalement son oeil. Il a l'air surpris...il porte toujours la même tenue qu'avant,comme je l'avais dessiné.
"Elise...tu parles? Tu me vois?
-Evidemment que je te vois. Tu veux une preuve?"
Je le prends par la nuque et colle ses lèvres aux miennes. Je sens sa langue faire des cabrioles avec la mienne...c'est tellement bien de pouvoir l'embrasser une nouvelle fois. Il me vide l'esprit,ce monsieur Casse-Noisettes...
Plus tard,on finit par se marier dans le pays où monsieur Casse-Noisettes m'avait emmenée,en Ecosse. Seulement,peu de temps après,nous n'en pouvions plus d'être recherchés par tout le monde,ceux qui voulaient savoir pourquoi la violoniste avec un bandeau sur les yeux qui ne parlait à personne avait survécu à "l'incident" sur Paris...alors...
Une nuit,nous nous sommes enfuits de notre petit château que nous avions réussit à nous acheter,dans ce beau pays d'Ecosse. Des personnes nous attendaient à l'entrée alors que nous,nous étions sortis par la fenêtre.
Maintenant,on est là,devant ce lac où séjournait le Loch Ness. Il a toujours ses habits de Casse-Noisettes,j'ai cette petite robe blanche que je chéris. On se tient la main,on se sourit...on s'embrasse une dernière fois et on s'enfonce dans ce lac,jusque au bout.
Jusque au fond.
Personne ne nous retrouvera jamais.
Au fond de cette eau glacée...
*.Fin.*